et alors jeunesse
13 albums brésiliens

13 albums brésiliens

En déambulant dans les allées du 15e Salon du livre de jeunesse organisé par la FNLIJ à Rio de Janeiro du 5 au 16 juin 2013, quelques albums inédits en France ont attrapé mon regard. S’ils peuvent venir compléter et actualiser une sélection réalisée en novembre 2010 par la Bibliothèque nationale de France (Lire en V.O., portugais), ils sont surtout les témoins de la grande créativité graphique brésilienne actuelle.

1. Roger MELLO, Selvagem (Global, 2010).

Commençons par ce délicieux album sans texte de Roger Mello. Un homme, un tigre. Le premier lit Le Livre de la jungle de Kipling. Le second est une image, d’abord échappée du livre, puis sagement encadrée, posée sur la table du salon. Pourtant une drôle de partie de chasse s’engage… L’homme quitte son fauteuil ; le tigre, son cadre. Ils disparaissent de la pièce, puis réapparaissent… Mais qui chasse qui ? Toutes les interprétations sont ouvertes, car le lecteur, prisonnier d’un seul point de vue, ne quittera jamais le salon… Une réflexion subtile sur l’image et sur le livre comme Roger Mello aime – et sait – si bien le faire.

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1_Roger Mello_Selvagem_image

2. Odilon MORAES, O Presente (Cosac Naify, 2010).

Voici un second album sans texte, par un autre grand penseur du livre de jeunesse brésilien, Odilon Moraes, qui raconte l’histoire d’un match de foot : préparatifs, achat d’un maillot aux couleurs de l’équipe, retrouvailles des amis et de la famille autour du petit écran, jusqu’à la déception face à la défaite…

Ce livre est un roman d’apprentissage en accéléré: ressentir des émotions différentes, vivre une expérience collective, et se construire soi-même… Le tout sobrement conté, comme le film d’un souvenir d’enfance dont seules certaines couleurs – bleu, jaune, vert – seraient restées sur la pellicule.

O presente de Odilon Moraes, couverture
O presente de Odilon Moraes, double page intérieure

3. Flavia Maria, ill. Millôr FERNANDES, Maurício, o leão de menino (Cosac Naify, 2009).

Évidemment qu’un lion féroce se cache au fond de l’armoire. Pas besoin de l’avoir vu pour le savoir. Encore que… Une nuit, le héros de cet album décide d’en avoir le cœur net.

Publié une première fois en 1969, ce livre est un grand classique brésilien. Il montre tout le talent de Millôr Fernandes (1923-2012). Auteur, dramaturge, fabuliste, traducteur, réalisateur de dessins animés, cet homme a marqué l’histoire intellectuelle du Brésil. Il est ici un dessinateur féroce, ironique, satirique, drôle… et infiniment tendre d’un lion qui nous ressemble.

Mauricio, o leao de menino de Millôr Fernandes
Mauricio, o leao de menino de Millôr Fernandes, pages intérieures

4. Mário Alex ROSA, ill. Lílian TEIXEIRA, Formigas (Cosac Naify, 2013).

Exit le roi des animaux ! Bienvenue chez les fourmis. Une, deux, soixante, quatre-vingt quinze… En ordre dispersé ou à la queue leu leu, elles fourmillent dans ce drôle de livre objet, au format accordéon, qui associe le poète Mário Alex Rosa et le graphiste Lílian Teixeira.

Mais où vont-elles ? Et si l’on pose un obstacle sur leur chemin, que font-elles ? Entre les lignes de mots et les files de fourmis se construisent des histoires multiples… Un jeu d’observation au parfum d’enfance.

Formigas de Mario Alex Rosa, couverture
Formigas de Mario Alex Rosa, pages intérieures

5. Marilda CASTANHA, Ops (Cosac Naify, 2011).

Cet album s’adresse aux tout-petits, et c’est une première pour Marilda Castanha que l’on connaît davantage pour son travail d’interprétation graphique des contes et savoirs traditionnels du Brésil.

Chaque double page offre une variation typographique de l’onomatopée « ops » en regard des découvertes que fait le petit personnage. Une jolie manière d’associer un mot, un son et une émotion.

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5_Marilda Castanha_Ops_image

6. Maria Amâlia CAMARGO, ill. Maria EUGÊNIA, Salada de Letrinhas (Caramelo, 2012).

En continuant les explorations typo et graphiques, voici la Salade de lettres. L’illustratrice Maria Eugênia, très présente sur la scène brésilienne et internationale (Bologne, Bratislava) depuis une quinzaine d’années, propose quelques belles interprétations en image des poèmes de Maria Amâlia Camargo.

Encore un livre difficile à traduire, car tout repose sur le jeu de mots. Comme ici où « poesia » (poésie) se transforme en « poeria » (poussière). Bref, tout un « problema » !

Salada de letrinhas de Maria Eugenia, couverture
Salada de letrinhas de Maria Eugenia, pages intérieures

7. Fernando VILELA, Aventura Animal (DCL, 2013).

Fernanda Vilela est, depuis le très remarqué et très remarquable Lampião e Lancelote (Cosac Naify, 2006), un des illustrateurs les plus intéressants de la scène brésilienne. Il use de techniques diverses (peinture, gravure, dessin…) pour renouveler à chaque livre son approche graphique et narrative.

Ici, on le retrouve dans une aventure cumulative où des animaux sauvages envahissent peu à peu la ville. À moins qu’ils ne viennent reprendre leur territoire ancestral, qui sait ? Du mouvement, du jeu, de la fantaisie sans queue ni tête, et un fond blanc qui s’amenuise sous les cascades et péripéties accumulées.

Aventura Animal de Fernando Vilela, couverture
Aventura Animal de Fernando Vilela, pages intérieures

8. Stela BARBIERI, Fernando VILELA, Simbá o marujo (Cosac Naify, 2012).

Une autre facette du style de Fernando Vilela avec cette magnifique interprétation en cinq couleurs de Sindbad le marin, sur une nouvelle traduction de Stela Barbieri réalisée à partir de plusieurs sources.

Simba o marujo de Fernando Vilela, couverture
Simba o marujo de Fernando Vilela, pages intérieures

9. Eucanaã FERRAZ, ill. Andrés SANDOVAL, Água sim (Companhia das Letrinhas, 2011).

Raconter le voyage et les métamorphoses de l’eau, telle est l’invitation du poète Eucanaã Ferraz à laquelle les images en monotype de Andrés Sandoval répondent.

Chaque double page offre une texture différente, tour à tour brumeuse, profonde, cotonneuse ou dense… On croit toucher du doigt un mystère épais et primitif.

Agua sim de Andres Sandoval, couverture
Agua sim de Andres Sandoval, pages intérieures

10. Alcides VILLAÇA, ill. Andrés SANDOVAL, O invisível (Editora 34, 2011).

Un autre exemple du travail de Andrés Sandoval : la combinaison d’images en bichromie et de calques permet de cacher certains éléments ou personnages de l’histoire… Un jeu au service d’une histoire d’Alcides Villaça sur les avantages et les inconvénients de l’invisibilité. Ô mythe éternel !

O invisivel de Andres Sandoval, couverture
O invisivel de Andres Sandoval, pages intérieures

11. Arnaldo ANTUNES, Zaba MOREAU, ill. Grupo Xiloceasa, Animais (Editora 34, 2011).

Dans ce bestiaire fantastique, qui est l’œuvre conjointe de Arnaldo Antunes (plus connu comme chanteur) et de sa femme, Zaba Moreau, vous trouverez à chaque page un animal inventé : à gauche, le mot ; à droite, la bestiole représentée. Tel ce « camalo », synthèse de « camelo » (chameau) et « cavalo » (cheval).

Ces poèmes-animaux ont été écrits en 1988, alors que le couple attendait un enfant. Ce n’est qu’en 2009 que le groupe Xiloceasa, des artistes de São Paulo qui se consacrent à la gravure sur bois, s’est emparé de ces mots-valises, en proposant une première édition gravée de 125 exemplaires.

Animais de Grupo Xilocaesa, couverture
Animais de Grupo Xilocaesa, pages intérieures

12. Bartolomeu CAMPOS DE QUEIRÓS, ill. Marconi et Marcelo DRUMMOND, Mais com mais dá menos (RHJ Editora, 2013).

Bartolomeu Campos de Queirós était une grande figure du Brésil littéraire : auteur, poète, critique, pédagogue engagé en faveur de la présence de la littérature dans les écoles… Décédé en 2012, il laisse une très belle œuvre à ses lecteurs.

En hommage, plusieurs maisons d’édition ont salué sa disparition en publiant quelques inédits ou en rééditant des textes déjà classiques, comme ici où les frères Marconi et Marcelo Drummond, respectivement plasticien et graphiste, donnent une nouvelle lecture d’un récit publié en 2002.

Mais com mais da menos de Marconi e Marcelo Drummond, couverture
Mais com mais da menos de Marconi e Marcelo Drummond, pages intérieures

13. Nelson CRUZ, A Máquina do poeta (SM, 2012).

Et pour finir, ce bel album hommage au poète Carlos Drummond d’Andrade par le talentueux Nelson Cruz qui réussit, en quelques planches oniriques, non seulement à initier les jeunes lecteurs aux poèmes du maître, et, plus largement, à évoquer le questionnement de la création littéraire.

Nous sommes en 1924 et Carlos Drummond d’Andrade, revenu dans sa ville natale, doute de son écriture. Il écrit à son ami, Mario d’Andrade, lui confiant qu’il souhaite déchirer son carnet…

Pour un résumé animé, voir ici.

 A maquina do poeta de Nelson Cruz, couverture
A maquina do poeta de Nelson Cruz, détail page intérieure